Le réseau FNAB Grand Ouest (Bio en Normandie, FRAB Bretagne et CAB Pays de la Loire) a publié fin mars un Communiqué de presse appelant à la modération de la production de lait durant ce printemps 2021. Cet appel à modération fait suite à un déséquilibre structurel de la filière momentané. En effet, depuis le début des années 2000, la filière progresse par palier avec des « vagues » de conversion à la suite desquelles il faut rééquilibrer et restructurer les volumes.

Nous sommes actuellement en cours de vague à la suite des conversions 2015-2017. Cette vague de conversion est nationale mais assez régionalisée puisque le Grand Ouest représente plus de la moitié du lait bio français.

Les multiples dernières conversions sont accompagnées par les collecteurs principaux à la manœuvre (Biolait, Lactalis, Sodiaal, Agrial) mais provoque aussi l’arrivée de nouveaux opérateurs en aval (Bel, Savencia, Terra Lacta…) et de nouveaux produits laitiers avec de nouvelles marques ou élargissements des gammes voire avec des garanties supplémentaires (équitable, à l’herbe, etc). Ainsi, les stratégies des opérateurs de la filière varient entre la conquête du marché en aval et la gestion de la ressource en amont. Le marché en aval évolue avec la diversification des fabrications, l’innovation produit ou la segmentation tandis que l’offre est sécurisée par l’ouverture/fermeture des conversions, les modalités de conversions (primes, etc), la limitation des volumes et la conclusion d’accords. Les opérateurs principaux du Grand Ouest absorbent donc déjà une bonne partie des volumes, d’où leur communication sur les conversions mitigées en ce moment.

Malgré une augmentation progressive de la consommation des produits laitiers bio (hormis sur l’ultra frais depuis fin 2020), la filière est en phase de digestion des volumes accueillis depuis 2018.

Ces parts de marché évoluent moins que sur les prévisions par rapport à l’évolution de la collecte. Il faut avoir en tête que les consommateurs achètent ce qu’on leur propose. Ainsi, les parts de marché peuvent évoluer avec l’offre qui reste encore trop faible par rapport au potentiel de développement, en effet on retrouve par exemple du fromage bio importé dans les rayons. De plus, les usines de transformation du lait sont mixtes, ce qui les obligent à traiter le lait bio à part mais sur les mêmes chaînes, ce qui limite l’offre.

Le lait bio représente 4%, ce qui à la fois est faible mais à la fois représente un changement d’échelle avec plus d’1 milliard de litres collectés. La filière est donc encore à la recherche d’un équilibre entre production – transformation – consommation qui ne fait qu’évoluer depuis ses débuts. Les producteurs sont aussi responsables de l’évolution de la filière lait bio. C’est pourquoi, le temps de permettre cette régulation, le réseau appelle à modérer si possible la production de ce printemps où les volumes de lait bio sont importants puisque les systèmes sont davantage basés sur la valorisation de l’herbe. Le déclassement du lait bio (au moins partiel) reste un outil de régulation possible pour la filière bio, d’ailleurs pas toujours subi.

Cette problématique de pic de lait de printemps va être analysée par BeN durant cette année 2021 pour tenter de comprendre quels sont les potentiels d’évolution tant du côté des producteurs que des collecteurs.

À moyen terme, une fois que la vague de conversion sera passée et le palier atteint, il est probable que l’on manque de lait bio comme cela s’est passé après les vagues précédentes. Une fois les volumes absorbés et les débouchés développés, on peut se dire que le lait bio aura encore de la place. D’autant plus quand le nombre de producteurs de lait est en baisse avec les départs en retraite.