Tout au long de l’année, la prairie subit des contraintes et des agressions (sécheresse, humidité excessive, piétinement, surpâturage…) qu’il est nécessaire de comprendre voire corriger les effets par un entretien, afin d’obtenir au printemps suivant, une herbe de qualité, une pousse importante et donc préserver la longévité du couvert. Les techniques de pâturage ou de fauche influencent directement la productivité et la qualité des fourrages récoltés. La composition botanique des prairies est le reflet d’une combinaison de facteurs propres au milieu et des procédés d’exploitation. Une bonne gestion de l’herbe doit permettre d’éviter, la plupart du temps, les interventions telles que ébouser, émousser, niveler, aérer, rouler, éliminer les adventices, favoriser le tallage des graminées, disperser la fumure organique, faucher les refus, réaliser un sursemis, la liste peut être longue. 

Cependant, la gestion des prairies ne doit pas être oubliée l’hiver. Pâtures inondées, qui jaunissent ou surpâturées : c’est le bon moment pour observer les parcelles et anticiper la prochaine saison.

Déjà, à l’automne, les prairies doivent être surveillées. La façon dont sont gérés les pâturages et les prairies de fauche au cours de cette période va conditionner leur productivité au cours de l’année suivante. Depuis quelques années, nous avons droit à des arrières-saisons de plus en plus clémentes. La pousse de l’herbe peut donc continuer jusqu’à la fin novembre. Ceci peut entraîner des difficultés de gestion si le temps est humide et que les animaux ne peuvent pas ramasser ce stock supplémentaire. L’herbe trop haute avant l’hiver finit par faner et constituer un paillage néfaste au redémarrage de la prairie au printemps. 

Si les chemins et la portance intra-parcelle le permettent, la saison de pâturage peut ainsi se prolonger très tardivement sans généralement détériorer trop les parcelles (trous inférieurs à 8 cm). Le choix de plus en plus fréquent de variétés de graminées de type intermédiaire ou tardif prolonge aussi cette pousse. Il est donc possible d’élargir encore la saison de pâturage et de profiter au maximum d’un fourrage bon marché. 

La hauteur de l’herbe, avant son entrée en repos hivernal, doit être idéalement de 5 à 6 cm pour ne pas porter préjudice à la repousse printanière. Il faut en effet que l’herbe puisse encore effectuer la photosynthèse pour constituer assez de réserves au niveau de la gaine et des racines. Si une parcelle est fortement atteinte de rouilles ou d’autres maladies fongiques, il est utile de couper la végétation afin d’éliminer le potentiel infectieux et d’augmenter les chances d’avoir une repousse saine pour passer l’hiver. De plus, une trop grande hauteur d’herbe peut être à l’origine de vides au printemps. L’herbe se plaque au sol, pourrit et disparaît. Tous les vides sont des portes d’entrée pour les adventices. La hauteur d’herbe idéale peut être obtenue soit par pâturage soit par une dernière fauche. S’il est difficile de gérer cela à l’automne, il est conseillé de sortir au plus tôt pour “nettoyer” les prairies grâce au déprimage (et décaler la pousse sur ses différents paddocks).

Pendant l’hiver, les animaux sont rentrés mais ce n’est pas une raison pour ne plus s’occuper des prairies. C’est d’ailleurs le bon moment pour les observer et agir si besoin. Comportement des parcelles face à l’humidité, qualité de la flore, état des clôtures, bilan de la saison précédente… Tous ces éléments doivent permettre d’anticiper la prochaine saison et les actions à mettre en place si besoin. En période pluvieuse, il est intéressant de regarder le comportement de la prairie par rapport à la présence d’eau et d’en comprendre la réaction. L’eau est-elle stagnante ou au contraire ruisselle-t-elle en surface ? La prairie facilite la pénétration de l’eau dans le sol mais si ce dernier est saturé, l’eau s’écoule en surface. Alors, il est possible de créer des rigoles, peu coûteuses et avec un impact positif sur la flore, avec notamment la réapparition du trèfle blanc. Une rigole peut rester en place quelques années. Avec quelques centimètres d’eau, il est possible de repérer les endroits dans lesquels il sera plus pertinent et efficace de réaliser ces rigoles. 

Des actions mécaniques sont parfois intéressantes pour aplanir les prairies, refaire un tapis gazonnant, griffer des graminées moins bonnes voire faciliter le tallage (hersage, roulage, etc). Ces actions sont à faire au bon moment lorsque cela n’est pas trop humide mais assez pour avoir un effet satisfaisant sur le sol et le couvert. La période du repos végétatif est intéressante pour effectuer un chaulage et ainsi remonter le pH progressivement sur les parcelles acides pour favoriser le trèfle notamment.

Un bilan de la saison précédente peut permettre de réajuster les clôtures et le chargement en fonction de la réactivité de la prairie et de son évolution pour favoriser une certaine flore ou en maîtriser davantage une autre.

Tous déplacements sur les parcelles en tracteur ou mouvements d’animaux doivent être proscrits en cas de gel.