La période du démarrage en végétation en prairie est une période clé où tout se joue en quelques semaines. L’impact est multiple tant sur la qualité, la productivité que sur la pérennité des bonnes espèces. Il est ainsi possible d’améliorer gratuitement ses parcelles, uniquement par un mode d’exploitation adapté. Le déprimage, exploitation de l’herbe précoce par un passage rapide et superficiel, est une étape à ne pas négliger pour entamer une bonne saison de pâture.

Faire taller pour plus d’herbe de qualité

Les graminées passent l’hiver en dormance, c’est-à-dire qu’elles sont en repos végétatif mais ne sont pas insensibles à ce qui se passe autour d’elles. Elles mémorisent notamment les sommes de températures et dès que la somme de degrés accumulés est atteinte, la dormance est levée. Chez nous, cette levée de dormance intervient de fin février à mi-mars. En se réveillant, la plante démarre son cycle de végétation, c’est-à-dire qu’elle va renouveler ses feuilles de façon cyclique, chez le ray-grass anglais par exemple, cela correspond à environ 21 jours de pousse. Si les feuilles sont consommées par un pâturage, la plante réagit, le cycle est cassé et la plante refait aussitôt de nouvelles feuilles plus longues, plus jeunes et plus vigoureuses. Simultanément, la plante va taller davantage. La talle est l’unité de production de la plante. D’une talle sortent 2 ou 3 feuilles actives. La longueur des feuilles dépendra des conditions pédoclimatiques. La production d’herbe dépendra donc du nombre de talles multiplié par la longueur des feuilles. Pour faire naître de nouvelles talles, il faut que la lumière parvienne à la base de la plante, sur les parties généralement blanchâtres. Dès que le pied de la plante est dans le noir et dès que l’herbe dépasse 15 cm, la plante ne talle plus.

Décaler la pousse et faire de la lumière au trèfle

Donc en faisant pâturer tôt, dès que la dormance de l’herbe est levée, on favorise le nombre de talles, on remplace les feuilles petites et vieillissantes, qui ont survécu à l’hiver, par des feuilles plus longues et vigoureuses. La proportion de feuilles augmente, ce qui améliore la qualité du fourrage. Le but est aussi et surtout d’anticiper la pousse de l’herbe en créant un décalage de la pousse de l’herbe sur la surface de base et la surface complémentaire (débrayable au printemps). Cet éclaircissement va même permettre d’apporter de la lumière aux légumineuses, notamment au trèfle, favorisant son implantation et sa croissance. C’est aussi un moyen de lutter contre les dicotylédones indésirables, par le simple fait d’occuper l’espace disponible.

Un pâturage tardif, lorsque l’herbe est déjà haute, entraîne un risque de gaspillage, avec des zones de refus. Toute la saison de pâture peut en être pénalisée. L’épiaison n’est pas retardée avec le déprimage puisque la tige n’a pas été coupée durant la montaison. Néanmoins, celles-ci étant coupées, elles pourront être moins hautes et plus appétentes. Le déprimage impacte positivement la pérennité des bonnes espèces car si une plante est vivace, la vie d’une talle est limitée à 14-16 mois. Donc renouveler les talles est une nécessité.

Pour les prairies de la surface complémentaire, une exploitation réalisée alors que l’épi est déjà décollé du plateau de tallage et avant le stade épi-10cm provoque alors un étêtage. Il est alors constaté une épiaison retardée d’une quinzaine de jours. Ceci peut permettre de garder plus longtemps un fourrage sur pied sans perdre en qualité (important en cas de mauvaises conditions climatiques au moment de la fauche). Derrière une fenaison, dans les parcelles non déprimées, on retrouve souvent une flore ouverte, favorable à l’envahissement d’adventices et avec des repousses peu abondantes.

Déprimer (l’herbe) dès que l’on peut

Plus la surface à déprimer est élevée, plus le déprimage doit commencer tôt. De plus, avec les conditions humides de l’automne dernier, les pâtures n’ont pas toutes été consommées et nettoyées avant l’hiver et les températures élevées de l’hiver ont avancé la croissance de l’herbe. Cette année, il est donc particulièrement recommandé de débuter tôt le pâturage. Se faire un rétro-planning assurant le passage des bêtes dans chaque parcelle avant la pleine pousse de l’herbe est une méthode fonctionnelle. Concrètement, on peut commencer dès que l’herbe atteint 8 cm (hauteur de la cheville) et ces premiers passages peuvent être rapides. Le troupeau doit néanmoins quitter la parcelle quand l’herbe atteint 4-5 cm (hauteur du talon de la botte), afin de préserver les réserves de la plante et ne pas pénaliser les pousses suivantes.

Cependant, les conditions météo de cette sortie d’hiver n’étaient pas au rendez-vous non plus et donc les conditions de portance des sols difficiles. Il est important de commencer par les parcelles les plus portantes. Pour éviter les dégâts, on peut faire déprimer par un petit troupeau, par exemple de vaches taries ou de génisses, avec lequel il est aussi possible de déprimer des prairies un peu plus éloignées de l’étable. Le piétinement ne pénalise pas trop la parcelle si les empreintes sont inférieures à 8cm (taille des doigts). On ne peut choisir les conditions climatiques, mais on doit tout faire pour augmenter le nombre de talles par mètre carré.

Dans la pratique du déprimage, il convient également de veiller aux transitions alimentaires. Il est conseillé de pratiquer deux à trois heures de pâturage par jour, plutôt dans l’après-midi lorsque la panse est pleine et d’augmenter cette durée par la suite si les conditions le permettent. La ration complémentaire doit être adaptée en fonction de la quantité et de la qualité de l’herbe à disposition (foin de bonne qualité).

Une fois le tour de déprimage terminé, les vaches doivent arriver dans des parcelles prêtes en respectant les règles de pâturage classiques (hauteur entrée et sortie, etc).