En moyenne sur la Basse-Normandie, les précipitations printanières sont bien en dessous des normales avec des températures max élevées. Ces conditions ont amené des difficultés dans la gestion de l’herbe et permis un développement facilité des ravageurs de cultures comme les pucerons et les méligèthes. Le décalage de pluviométrie sur juin devrait permettre de mieux pâturer en ce début d’été.

C’est pas facile à gérer l’herbe…. Mais on s’adapte!

Ces dernières années n’ont pas forcément été très favorables à l’herbe. En effet les conditions météo n’ont pas facilité sa gestion et ont parfois limité sa productivité. Cependant, malgré le stress que cela peut engendrer, faire pâturer ses animaux reste le système le plus économe et le plus efficace en ruminants.

Conditions de cette année :

Globalement, cette année est difficile à gérer niveau pâturage. Les conditions d’automne n’ont pas forcément permis de récolter et nettoyer les parcelles, ce qui a entraîné une perte en stock et un hivernage long. Les conditions pluvieuses en sortie d’hiver ont amené à sortir les animaux plus tard que d’habitude et donc souvent dans des parcelles plus avancées puisque la pousse a bien démarré au départ. Suite à cela, le vent d’Est a asséché assez rapidement les terres et la température est montée jusqu’à stopper la pousse fin mai comme le montre le graphe de pousse moyenne de Normandie:

Source : Observatoire régional de la croissance de l’herbe en normandie

La situation a été par certains endroits plus difficile que d’autres, certains sites ont tout de même enregistré une croissance à plus de 100kg MS /ha de mi-avril à fin avril pour s’écrouler début juin à moins de 30 kg globalement voire 5kg MS/ha. Dans les groupes d’échanges de BeN, on observe que dès la mi-mai il a fallu s’adapter à une chute de la pousse de l’herbe en fonction des systèmes de production et que certains ont eu un arrêt total de la pousse. La situation est redevenue à la normale fin juin en moyenne. Certains sites n’ont toujours pas ou pratiquement pas eu d’eau depuis avril.

Attention à l’accélération à contre temps:

Dans les groupes, les surfaces accessibles vont de 20 à 110 ares/VL. Avec une croissance inférieure à 30 kg MS /ha/jr, globalement avec plus de 70 ares/VL les stocks sur pied ont permis de passer le coup de sec et les conditions humides d’hiver ont presque été plus pénalisantes. Avec 20 ares/VL il faudrait complémenter à hauteur de 12 kg MS/j pour ne pas trop accélérer la rotation sur les parcelles. Les temps de retour sur parcelles trop faibles entraînent une accélération à contre temps et donc un épuisement de la flore ce qui aura des répercussions sur la repousse lors de conditions favorables. Sur le plan économique, c’est un cercle vicieux. D’abord, car la moitié du rendement est perdu lorsqu’on fait pâturer 7 jours trop tôt. Un temps de retour de 21 jours est un optimum entre le temps de repos, la quantité d’herbe et la qualité de la pousse au printemps. Avec une pousse de l’herbe au printemps de 60 kg/ha/j, un stade d’entrée 7 jours trop tôt, c’est 420 kg/ha de perdu. Le surpâturage dégrade prématurément la flore de la prairie et accentue la perte de productivité. Les graminées peinent à taller. Et à force de faire pâturer les jeunes repousses, la plante puise dans ses réserves racinaires pour reconstituer la partie aérienne qui ne parvient pas à effectuer de photosynthèse pour reconstituer à son tour les réserves. Elle s’épuise, se nanifie, les racines s’implantent moins en profondeur, et quand arrivent les premières chaleurs, elle meurt et laisse la place aux espèces indésirables.

De même, si on sort trop tard d’une parcelle en rasant trop (ou en fauchant trop ras, penser aux sabots), on tire sur les réserves, ce qui pénalisera la repousse lors des coups de chaud.

Il est donc préférable de s’adapter pour respecter les hauteurs d’entrées et sorties.

Adaptation aux conditions estivales

Comme on l’a vu, les conditions de repousse étaient pratiquement estivales dès le mois de mai. On a vu dans les groupes plusieurs adaptations possibles à ces conditions :

Adaptation estivaleAtoutsContraintes
Agrandissement de la surface accessible (surfaces débrayées au printemps) il y a même eu des parcelles habituellement débrayées qui ne l’ont pa été pour fournir au pâturage.Meilleur respect des stades de pâturage et gestion de l’herbe Temps de travail Coût  Surface accessible
Complémentation à l’auge (stock ou affouragement vert)Ralentissement de la rotation Gestion de la ration  Stocks Temps de travail
Parcelle parkingTemps de repos pâtures Gestion de la ration  Stocks Dégâts parcelles (selon sols)    
Baisse du chargementMême gestion printemps Temps de travail  Lait vendu Calendrier repro

Pendant les longues périodes sans pluie, rester vigilants sur les stocks sur pied pour éventuellement les faucher ou les faire pâturer (sans surpâturage) et ainsi éviter que “l’herbe ne rentre en terre” (ou ne grille). 

Il existe donc différentes manières de s’adapter aux conditions estivales et lors de difficultés accrues il est possible de combiner celles-ci pour garantir une reprise du pâturage dès que possible et ainsi gérer ses coûts de ration. Certaines zones ont reçu des orages fin juin, ce qui a permis une repousse de l’herbe et un souffle dans la rotation des vaches. Les zones non arrosées ont bien sûr plus de difficultés, les stocks sur pied  sont de plus en plus faibles voire nuls. Qu’en sera t-il des stocks de fourrage cette année niveau qualité et quantité?

Rappel sur l’outil Agribiolien : www.agribiolien.fr

Pour déposer ou chercher des fourrages, animaux