En raison des conditions d’abattage, l’élevage connait aujourd’hui des nombreuses remises en question.  La publication de vidéos par l’association L214 montrant de la maltraitance animale dans des abattoirs français, classiques et certifiés bio a une répercussion immédiate sur la consommation de la viande dans les ménages. Ces mouvements vegans ou anti-spécistes occupent un terrain médiatique de plus en plus grand et culpabilisent les consommateurs de viande sans distinction de modèles agricoles ou de pratiques. En parallèle, les outils d’abattage toujours plus industrialisés sont de plus en plus concentrés pour répondre aux enjeux de rentabilité. Ils imposent ainsi des cadences d’abattage impressionnantes et provoquent progressivement le démantèlement du maillage territorial des petits abattoirs de proximité.

 

Face à ce constat, des éleveurs bios normands tentent de répondre à ce grand enjeu de la filière viande. Leurs réflexions initiées depuis plus d’un an sur des systèmes alternatifs ont débouché sur le projet d’un abattoir mobile multi espèce porcins/ovins/caprins. En effet, le concept d’abattoir mobile semble répondre d’une part aux enjeux économiques et logistiques en reconstituant une proximité des outils d’abattage et d’autre part aux exigences de bien-être animal et de qualité de la production en limitant le stress lié au transport des animaux.

La mise en place d’une démarche d’abattage mobile répondrait ainsi à plusieurs enjeux :

  • Respect accru du bien-être animal (limitant au maximum le stress pré-abattage lié au transport et changement d’environnement de l’animal)
  • Rapprochement des éleveurs et des outils de transformations par rapport à l’unité d’abattage (objectif : outil d’abattage à moins de 30 minutes des exploitations)
  • Meilleure maîtrise de la qualité et de la traçabilité de la viande
  • Réponse plus qualifiée aux besoins spécifiques d’éleveurs bio, notamment en circuit court.
  • Combler l’absence ou le manque d’accès au site d’abattage pour certaines espèces (cerfs et chevreaux)
  • Réponse à une attente des consommateurs : proximité, qualité, bien-être animal, traçabilité

 

Après plus d’un an d’étude de faisabilité, le projet doit à présent convertir la théorie en pratique. Le 7 décembre 2018, les partenaires du projet (ABN, FDCUMA Basse Normandie et Normandie Viande Bio) réunissaient une soixantaine d’éleveurs pour confronter le projet à ses futurs coopérateurs. L’objectif principal était de recenser les futurs utilisateurs de l’abattoir pour affiner les hypothèses de travail. La thématique est source de fortes attentes et le projet a reçu des retours très enthousiastes de la part des éleveurs, confirmant ainsi que le modèle d’abattoir mobile est une des solutions à des enjeux de territoire de premier ordre.

Le coût de la qualité, de la proximité et du bien-être animal est à présent modélisé et chiffré. La véritable question est maintenant de savoir qui doit assumer ce « surcoût » et comment le répartir de manière équitable entre les principaux protagonistes : état, région, collectivités, consommateurs, distributeurs, transformateurs, et/ou éleveurs.